Le chef de l’armée fait état de 30 morts et de 2 000 arrestations, tandis que le principal opposant, Bobi Wine, se cache et dénonce des exactions contre sa famille.
Kampala, 24 janvier 2026 – La réélection du président Yoweri Museveni pour un septième mandat consécutif, annoncée le 15 janvier dernier, a été suivie d’une vague de répression et de violences en Ouganda. Les autorités militaires ont fourni ce week-end un premier bilan officiel, faisant état de décès et de très nombreuses arrestations parmi les partisans de l’opposition.
Des chiffres officiels émanant de l’armée
Dans la nuit de vendredi à samedi, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major des forces armées et fils du président réélu, a livré des détails sur les opérations de sécurité menées après le scrutin. Par une série de publications sur le réseau social X, il a déclaré que 30 « terroristes » affiliés au principal parti d’opposition, le National Unity Platform (NUP), avaient été « tués ». Il a également annoncé l’arrestation de 2 000 partisans, qualifiés de « hooligans et terroristes ». Le général Kainerugaba a ajouté que « la plupart des chefs terroristes du NUP se cachent » et a assuré que les forces de l’ordre les traqueraient.
Ces déclarations interviennent alors que le processus électoral s’était déroulé dans un contexte tendu, marqué par une coupure d’Internet et de multiples accusations de fraude de la part de l’opposition. Le président sortant, Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis 1986, a été déclaré vainqueur avec 71,65 % des voix. Son principal rival, Bobi Wine – de son vrai nom Robert Kyagulanyi –, a immédiatement rejeté ces résultats, dénonçant des irrégularités massives.
L’opposition ciblée, Bobi Wine en fuite
Le candidat du NUP, un ancien musicien de 43 ans, est entré dans la clandestinité peu après l’élection. Il affirme avoir fui son domicile de Kampala à la suite d’un raid des forces de sécurité. Dans un message audio diffusé samedi, Bobi Wine a accusé des soldats d’avoir fait irruption chez lui dans la nuit de vendredi à samedi, s’en prenant à son épouse. « Ma femme a été transportée d’urgence à l’hôpital où elle est toujours hospitalisée, souffrant de traumatismes physiques et psychologiques après avoir été étranglée et insultée », a-t-il déclaré. Il a également publié des photographies montrant son domicile saccagé.
La répression s’est également traduite par des arrestations ciblées de figures de l’opposition. Muwanga Kivumbi, député et numéro deux du NUP, a été appréhendé jeudi. Deux autres responsables du parti sont portés disparus depuis plusieurs jours. Bobi Wine et des organisations de défense des droits humains affirment depuis des mois que des centaines de ses sympathisants sont détenus illégalement, parfois dans des centres de détention non officiels où des actes de torture seraient commis.
Réactions internationales et déni des autorités
Face à ces événements, des voix internationales se sont élevées pour exprimer leur inquiétude. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit préoccupé par les arrestations et les incidents violents visant l’opposition. Par la voix de son porte-parole, il a appelé à la retenue de tous les acteurs et au respect de l’état de droit. L’Union européenne a, pour sa part, déploré les violences ayant émaillé le processus électoral.
Les autorités ougandaises, quant à elles, rejettent les accusations de brutalité. Le gouvernement soutient que les forces de l’ordre ont répondu à des violences commises par des partisans de l’opposition durant le scrutin. La police et l’armée n’ont pas fourni de détails supplémentaires sur les circonstances des 30 décès mentionnés par le général Kainerugaba. Un porte-parole de la police a refusé de commenter davantage, tandis que le porte-parole de l’armée n’a pas pu être joint.
Un avenir politique incertain
La situation politique en Ouganda reste extrêmement volatile. Le général Muhoozi Kainerugaba, qui ne cache pas ses ambitions de succéder un jour à son père, a assuré dans ses messages que le pays était « désormais en paix » et a annoncé qu’il ne publierait « plus aucun message menaçant ». Cette déclaration fait suite à une publication antérieure, depuis supprimée, dans laquelle il souhaitait la mort de Bobi Wine.
De son côté, l’opposant, depuis sa cachette, a annoncé qu’il ne contesterait pas les résultats électoraux devant les tribunaux nationaux, qu’il estime inféodés au régime. Il appelle plutôt à une résistance civile non violente de la part de la population. La concentration des pouvoirs militaires et politiques au sein d’une même famille et la fermeture de l’espace démocratique laissent présager une période de fortes tensions dans ce pays d’Afrique de l’Est.
