L’expert-comptable guadeloupéen Steeve Rouyar est toujours incarcéré au Togo plus d’un mois après son arrestation survenue à Lomé, à la suite d’une manifestation de contestation. Sa famille s’inquiète de l’absence de nouvelles concrètes tandis que les démarches diplomatiques et parlementaires se multiplient pour obtenir sa libération.
Un parcours entre entrepreneuriat et engagement politique
Âgé de 44 ans, Steeve Rouyar s’était récemment installé à Lomé dans le but d’y développer une activité professionnelle. Après une tentative infructueuse d’installation au Bénin en raison de contraintes administratives, il avait trouvé au Togo un environnement favorable à son projet. L’homme originaire de la Guadeloupe évoquait alors une expérience « enrichissante » sur les plans personnel et professionnel.
Mais ce nouveau départ a basculé le 6 juin, date à laquelle il est interpellé dans la capitale togolaise. Il participait à une mobilisation organisée en opposition au pouvoir en place. Ces événements ont entraîné plusieurs arrestations et des pertes humaines.
Une manifestation à forte portée politique
Le contexte de cette arrestation remonte à une série de rassemblements organisés en amont de l’anniversaire du président togolais. Ces mobilisations, initiées notamment par des figures culturelles du pays, visaient à contester la gouvernance en place. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les participants. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, dont certaines d’origine étrangère, comme Steeve Rouyar.
Les autorités ont justifié ces actions en évoquant des « troubles graves à l’ordre public ». Dans les jours qui suivent, 56 personnes sont relâchées. Rouyar, lui, reste détenu. Son implication supposée dans l’organisation de la manifestation le place au centre d’une procédure plus lourde.
Un passé de militant
La participation de Steeve Rouyar à cette manifestation ne surprend pas ses proches. Avant de s’installer au Togo, il avait tenté à plusieurs reprises d’entrer en politique en Guadeloupe. Bien que ses campagnes électorales n’aient pas abouti, il est resté actif dans les cercles militants. Il s’est notamment exprimé contre certaines politiques sanitaires, s’est affiché solidaire de la cause palestinienne et a soutenu des régimes militaires en Afrique de l’Ouest.
Ses engagements passés et présents renforcent, selon ses proches, le caractère assumé de son implication dans les manifestations du 6 juin. À la lumière de ces éléments, ils estiment que son arrestation n’est pas due au hasard.
Des conditions de détention préoccupantes
Depuis son interpellation, la famille Rouyar n’a eu que très peu d’informations. Un appel téléphonique de courte durée avec son père a laissé entrevoir une situation préoccupante. Selon les témoignages, la voix de Steeve aurait été méconnaissable. Le doute plane sur ses conditions de détention, ses soins, et son accès à une assistance juridique effective.
Trois avocats ont pris en main sa défense, dont un connu pour son action en faveur des droits humains. Toutefois, aucun détail n’a filtré sur les avancées du dossier judiciaire.
Une accusation lourde
Au-delà de l’accusation initiale de participation à une manifestation non autorisée, Steeve Rouyar est désormais poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État togolais. Les autorités locales l’estiment impliqué dans des actions de propagande, en particulier la rédaction de contenus antigouvernementaux. Ce chef d’accusation porte la peine encourue à une fourchette allant de 20 à 30 ans de réclusion.
Cette évolution du dossier renforce l’inquiétude de la famille. Les proches de Steeve Rouyar dénoncent une criminalisation disproportionnée d’un engagement politique.
Pressions diplomatiques et mobilisations parlementaires
Face à l’enlisement de la situation, les proches ont sollicité les services consulaires français. Une visite aurait été accordée, et Steeve aurait reçu des soins pour des douleurs auditives. Au-delà de cette assistance, aucune information officielle n’a été communiquée par les autorités diplomatiques.
Des élus de Guadeloupe, sensibilisés par la famille, ont engagé des démarches. Plusieurs députés ont interpellé les services du ministère des Affaires étrangères. Certains ont été reçus au ministère fin juin. Les autorités françaises attendraient des précisions du gouvernement togolais quant aux faits reprochés à leur ressortissant.
Dans un communiqué rendu public à la mi-juillet, les proches de Steeve Rouyar ont réclamé une prise de position ferme des services diplomatiques français pour sa libération rapide.
L’affaire Rouyar s’inscrit dans un contexte régional sensible, marqué par des tensions politiques récurrentes au Togo. La répression des opposants et les atteintes aux libertés publiques y sont régulièrement dénoncées.
Depuis le 18 juillet, un avis de vigilance supplémentaire a été publié à destination des Français présents au Togo, leur recommandant d’éviter tout rassemblement et de faire preuve de prudence. Cette recommandation intervient dans un climat sécuritaire déjà complexe, notamment au nord du pays.
Au moment où cette affaire prend de l’ampleur, le rôle exact de Steeve Rouyar dans la manifestation du 6 juin n’a toujours pas été établi publiquement. En l’absence d’éléments précis sur l’enquête en cours, les spéculations persistent. Les initiatives diplomatiques et les efforts des parlementaires se poursuivent, mais pour l’instant, la situation de l’expert-comptable guadeloupéen reste inchangée.
Alors que d’autres manifestants ont retrouvé leur liberté, Steeve Rouyar demeure incarcéré, dans l’attente d’un éventuel procès.
