Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution instaurant un régime parlementaire, le Togo attend toujours la formation d’un gouvernement. Trois mois après la démission de l’exécutif précédent, le pays fonctionne sous la conduite d’une équipe chargée des affaires courantes, tandis que les négociations se poursuivent pour constituer un nouveau cabinet.
Un vide politique prolongé
La démission du gouvernement, intervenue à la veille de l’entrée en fonction de Faure Essozimna Gnassingbé en tant que président du conseil des ministres, a laissé le pays sans exécutif formel depuis début mai. Ce délai coïncide avec la mise en place de la Ve République, issue d’une réforme constitutionnelle promulguée en mai 2024 après une année de transition.
Certains acteurs politiques estiment que cette attente fragilise la gouvernance. Des voix s’interrogent sur le contrôle exercé sur le cabinet provisoire, qui n’a pas encore présenté de programme devant l’Assemblée nationale. Selon plusieurs observateurs, les ajustements liés au passage au régime parlementaire expliqueraient en partie ce retard.
Des critiques sur la préparation de la transition
Pour une partie de la population et de l’opposition, la période de transition d’un an accordée après l’adoption de la Constitution n’a pas permis de préparer efficacement la formation d’un gouvernement stable. Ils estiment que le basculement vers un régime parlementaire a été engagé sans consensus national suffisant.
Certains jugent que cette réforme a surtout permis au parti au pouvoir de consolider sa position, rendant difficile la mise en place rapide d’un gouvernement d’union nationale. Des sociologues rappellent que si l’ensemble des forces politiques avaient accepté la nouvelle architecture institutionnelle, la constitution d’une équipe gouvernementale aurait pu être immédiate.
Les négociations en cours
Des discussions sont en cours pour former ce qui serait le premier gouvernement de la première législature de la Ve République. Les autorités affirment que les pourparlers avancent et que l’objectif est de refléter la diversité et l’unité nationales dans la composition du cabinet.
L’opposition radicale, notamment la coalition Dynamique Monseigneur Kodzro (DMK), rejette toutefois la légitimité des institutions issues de cette réforme, qu’elle considère comme un « coup d’État constitutionnel ». Cette frange de l’opposition réclame le retour à la Constitution de 1992 et ne manifeste aucun intérêt pour le processus en cours.
Un Sénat désormais en place
Dans le cadre du nouveau régime, le Togo s’est doté d’un parlement bicaméral. Le Sénat compte 61 membres : 41 élus au suffrage indirect par les conseillers régionaux et municipaux, et 20 désignés par le président du conseil des ministres. Dix de ces sièges ont été attribués à des représentants de l’opposition, signe, selon les autorités, d’une volonté d’ouverture.
Le Sénat et l’Assemblée nationale ont pour mission de contrôler l’action du gouvernement, mais l’absence d’un exécutif formel limite pour l’instant l’exercice de ce rôle.
Des suspicions sur la stratégie gouvernementale
Plusieurs analystes estiment que le retard dans la formation du gouvernement pourrait relever d’un calcul politique. Selon eux, il ne s’agirait pas uniquement de blocages administratifs, mais d’une volonté du pouvoir de temporiser, de réduire les tensions et de s’assurer du contrôle des principaux ministères avant toute annonce officielle.
Ils soulignent que l’opposition se trouve dans une position délicate : accepter de participer à un gouvernement d’union nationale sans garanties pourrait être perçu comme une compromission, tandis qu’un refus risquerait de l’écarter des instances de décision.
Contexte économique et social tendu
Sur le plan socio-économique, les Togolais font face à une inflation persistante et à des inégalités marquées entre zones urbaines et rurales, malgré une croissance moyenne de 6,1 % entre 2021 et 2023. La pauvreté reste élevée et la population exprime une impatience croissante face au manque de mesures concrètes.
En juin dernier, des manifestations ont dégénéré, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés selon des organisations de défense des droits humains. Ces événements ont accentué la pression sur les autorités, alors que le pays attend toujours un gouvernement capable de présenter un programme devant l’Assemblée nationale.
De nombreux citoyens et acteurs économiques jugent que l’absence d’un gouvernement bloque l’adoption de réformes et ralentit l’activité. Certains estiment que l’exécutif provisoire, limité à la gestion des affaires courantes, ne peut pas répondre aux besoins économiques et sociaux du pays.
Malgré la victoire du parti au pouvoir aux élections municipales du 17 juillet, marquées par un taux de participation d’environ 55 % et un boycott partiel, la formation du nouveau gouvernement reste la principale attente. Les observateurs estiment que l’annonce de l’équipe et la présentation de son programme seront déterminantes pour rétablir la confiance entre dirigeants et population.
