Depuis le 6 juin 2025, la famille de Steeve Rouyar est plongée dans l’attente et l’incompréhension. Ce Guadeloupéen expatrié au Togo a été interpellé à Lomé, en marge de manifestations contestataires. Depuis près de deux mois, son père Dominique Rouyar alerte sur le flou qui entoure sa situation et appelle à une intervention des autorités françaises pour obtenir son retour.
Une arrestation sur fond de tensions sociales
L’arrestation de Steeve Rouyar s’est produite alors que la capitale togolaise était secouée par une série de mobilisations populaires. Ces rassemblements, considérés comme illégaux par les autorités locales, ont donné lieu à de nombreuses interpellations, parfois dans des conditions brutales. C’est dans ce contexte qu’aurait eu lieu l’arrestation de Rouyar, un homme d’affaires de 44 ans installé depuis quelques mois à Lomé.
À ce jour, il est toujours détenu à la prison civile de Lomé. Il est notamment poursuivi pour troubles à l’ordre public – des faits qu’il a admis – mais aussi pour atteinte à la sûreté de l’État, une infraction pour laquelle il encourt une peine de vingt à trente ans de réclusion. Cette deuxième accusation est fermement contestée par l’intéressé.
Une détention opaque
Selon les rares informations communiquées à ses proches, Steeve Rouyar se trouverait dans une cellule surpeuplée. Des témoignages non confirmés évoquent la présence de neuf codétenus, dont deux individus suspectés d’appartenance à des groupes armés. Son père déplore l’absence de transparence autour des conditions de détention et de l’état de santé de son fils.
Fin juin, Dominique Rouyar a pu échanger brièvement avec lui par téléphone. Il évoque un appel marqué par l’émotion et la faiblesse physique de son fils. « Il ne parlait que de son entreprise », rapporte-t-il. Ce comportement, selon son père, reflète l’engagement professionnel de Steeve, qui gérait un cabinet d’expertise-comptable comptant plus de 160 clients.
Une famille dans l’attente
Depuis la Guadeloupe, Dominique Rouyar tente de faire face à la situation en maintenant les activités de l’entreprise familiale. Âgé de 68 ans, il concilie cette responsabilité avec les démarches incessantes pour obtenir des nouvelles précises de son fils. « Je ne sais pas s’il était au cœur de la manifestation ou simplement dans la rue », confie-t-il. Pour lui, l’arrestation reste incomprise.
La famille, partagée entre la Guadeloupe et la métropole, dit manquer de communication avec les avocats togolais chargés du dossier. Dominique Rouyar reproche à ces derniers une gestion opaque du dossier et un manque d’initiatives pour assurer la défense de Steeve. Dans cette situation confuse, il affirme se sentir seul.
Un appel à l’intervention de l’État
Face à cette incertitude, Dominique Rouyar s’en remet aux institutions. Il affirme ne pas parvenir à joindre de responsable gouvernemental et se dit démuni. Les seuls interlocuteurs ayant agi à ce jour sont, selon lui, certains élus guadeloupéens, qui auraient interpellé le ministère concerné et rapporté un état préoccupant de Steeve Rouyar après une visite consulaire.

Selon les éléments communiqués, l’homme d’affaires serait amaigri, fatigué et atteint moralement. Ces informations, bien que partielles, confortent les inquiétudes de son entourage. À 7.000 kilomètres de là, son père demande un acte fort : « Je veux qu’ils fassent le nécessaire pour qu’il rentre. »
Une protection consulaire sous surveillance
La situation de Steeve Rouyar entre dans le cadre des mécanismes de protection consulaire prévus pour les ressortissants français détenus à l’étranger. Cela implique des visites régulières visant à s’assurer du respect des droits de la défense, de la dignité des conditions de détention et de la santé du détenu.
Pourtant, aucune information claire n’a été fournie quant à la fréquence ou à l’efficacité de ces visites dans le cas de Steeve Rouyar. Son père, qui multiplie les sollicitations, attend une confirmation formelle que les droits de son fils sont respectés.
Entre vie professionnelle interrompue et combat judiciaire
Steeve Rouyar s’était installé en Afrique de l’Ouest pour y développer ses activités. Il avait lancé une société en pleine expansion, spécialisée dans le conseil et la comptabilité. Son père, qui assure temporairement la continuité de l’entreprise, souligne à quel point cette arrestation brutale a brisé un parcours professionnel en cours d’ascension.
Parmi les inquiétudes, celle de voir ses projets s’effondrer sans raison apparente. « Il travaillait jour et nuit », insiste Dominique, qui continue de recevoir des appels de clients inquiets. Au-delà du volet judiciaire, c’est toute une dynamique entrepreneuriale et familiale qui est menacée.
Silence des autorités togolaises
Du côté des autorités togolaises, aucune déclaration officielle n’a été faite concernant l’affaire Rouyar. La détention provisoire se poursuit, dans l’attente d’un éventuel procès. Les délais restent incertains et les chefs d’inculpation demeurent partiellement flous, du moins pour la famille.
Les manifestations de juin ont causé la mort de plusieurs personnes. Dans ce climat tendu, les arrestations ont été nombreuses et souvent dénoncées pour leur brutalité. Mais rares sont les dossiers à faire l’objet d’un suivi aussi visible que celui de Steeve Rouyar, du fait notamment de sa double nationalité et de sa notoriété professionnelle dans son cercle.
« Je continuerai à me battre »
Malgré l’isolement, Dominique Rouyar assure ne pas baisser les bras. Il poursuit son combat à distance, sans relâche. Pour lui, il s’agit à la fois de défendre son fils et de dénoncer une situation qu’il juge arbitraire. « On ne m’a jamais donné de réponse claire. Ce n’est pas normal », insiste-t-il.
Il multiplie les démarches, les appels, les courriers. Mais en l’absence de réponse concrète, le sentiment d’abandon se renforce. « Il est français. Il a droit à la protection de son pays », répète-t-il.
Une affaire à suivre
Le cas de Steeve Rouyar soulève de nombreuses questions. Quel a été le rôle exact de l’homme lors des manifestations ? Les accusations portées contre lui reposent-elles sur des éléments solides ? Quelles suites judiciaires seront données dans les mois à venir ? Autant d’interrogations qui, pour l’instant, restent sans réponse.
En attendant, une famille continue de vivre dans l’attente, rythmée par l’incertitude. À travers les mots du père, c’est toute la détresse d’un homme qui réclame simplement de revoir son fils libre : « Qu’ils le rapatrient. Je veux qu’il rentre. »
