Une partie importante de la cocaïne qui arrive dans les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest ne poursuit pas son trajet uniquement par voie maritime. Après les premières phases de débarquement, une portion significative de ces flux est redirigée vers l’intérieur du continent par des routes terrestres traversant la région du Sahel. Ces itinéraires permettent d’acheminer la drogue vers l’Afrique du Nord, avant des expéditions ultérieures vers l’Europe et, dans une moindre mesure, vers le Moyen-Orient. Cette dynamique place certains pays sahéliens au cœur de la circulation régionale, avec des conséquences visibles dans les données de saisies enregistrées ces dernières années.

Les points d’entrée sur les côtes ouest-africaines
Les flux de cocaïne en provenance d’Amérique latine atteignent principalement les côtes du golfe de Guinée et de l’Atlantique ouest-africain. Plusieurs ports et zones de débarquement apparaissent comme des points récurrents d’entrée, notamment dans des villes côtières telles que Dakar, Banjul, Bissau, Conakry, Monrovia, Abidjan, San Pedro, Accra, Lomé, Cotonou ou Lagos. Ces espaces portuaires, combinés à des zones de déchargement moins formelles, servent de premières plateformes logistiques avant la redistribution vers l’intérieur des terres. Les routes maritimes identifiées se prolongent ensuite par des axes terrestres structurés, reliant les pays côtiers aux États sahéliens.
Le rôle central du Mali et du Niger
Le Mali apparaît comme un carrefour majeur dans l’architecture des routes terrestres du trafic de cocaïne. Les flux convergent vers son territoire depuis plusieurs pays côtiers, notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Guinée. Cette position géographique fait du pays un point de passage stratégique entre l’Afrique de l’Ouest et les destinations plus au nord. Le Niger joue également un rôle clé, en particulier comme zone de transit vers l’Afrique du Nord, ce qui explique la concentration de routes reliant ces deux États sahéliens aux pays voisins.
Les corridors internes et les villes de transit
Au Sénégal, la ville de Tambacounda est identifiée comme un nœud essentiel sur l’axe menant vers le Mali et la Mauritanie. Sa localisation, à proximité de corridors transfrontaliers, en fait une étape intermédiaire dans le déplacement des cargaisons. Plus à l’ouest, la localité de Kidira, située près de la frontière malienne, a également été associée à des interceptions notables, illustrant l’utilisation de véhicules routiers pour le transport de grandes quantités de cocaïne.
Sur l’axe reliant la Guinée au Mali, la ville de Kourémalé ressort comme un point de transit central. Plusieurs saisies y ont été signalées entre 2020 et 2023, dont une interception majeure réalisée en août 2022. Ces événements mettent en évidence l’importance des routes secondaires et des passages frontaliers dans la structuration du trafic régional.
Les routes secondaires et les pays voisins
Au-delà des axes principaux, des flux de cocaïne transitent également par d’autres pays du Sahel. Le Burkina Faso apparaît dans certaines affaires comme une zone de passage indirecte. Une saisie effectuée en septembre 2022 a concerné une cargaison de plusieurs centaines de kilogrammes de cocaïne qui se dirigeait vers le Niger après avoir transité par le Mali. Ce type de cas illustre la complexité des itinéraires empruntés et l’adaptation constante des réseaux aux dispositifs de contrôle.
L’évolution des saisies en Afrique de l’Ouest
Les données de saisies de cocaïne, exprimées en kilogrammes équivalents, montrent des évolutions contrastées entre 2010 et 2022 en Afrique de l’Ouest. Entre 2010 et 2017, certains pays comme le Cap-Vert, le Bénin, la Gambie et le Nigeria ont enregistré des volumes particulièrement élevés. Après une période de baisse relative, les chiffres repartent à la hausse à partir de 2018, avec des augmentations marquées dans plusieurs États de la région.
Entre 2018 et 2022, le Cap-Vert et le Bénin connaissent une progression rapide des quantités saisies, tandis que la Gambie et le Nigeria enregistrent une hausse plus modérée. Cette évolution suggère une persistance des réseaux de trafic sur le long terme, malgré les opérations de saisie et les efforts d’interdiction menés au fil des années.
La répartition des saisies récentes
Les données consolidées pour la période récente montrent une forte concentration des saisies dans un nombre limité de pays. Certaines années, une part majoritaire des volumes interceptés est attribuée à un seul État, ce qui souligne des variations importantes d’une année à l’autre. En 2019, par exemple, un pays concentre une large majorité des quantités saisies, tandis qu’en 2021 et 2022, la répartition devient plus équilibrée entre plusieurs États d’Afrique de l’Ouest.
Cette dispersion relative des saisies reflète à la fois la diversification des routes et la capacité des réseaux à déplacer leurs activités en fonction des contextes nationaux et régionaux.
Des flux orientés vers l’Europe et le Moyen-Orient
Une fois la région sahélienne traversée, les cargaisons de cocaïne poursuivent leur chemin vers l’Afrique du Nord. De là, elles sont réacheminées vers l’Europe, qui demeure la principale destination finale, ou vers le Moyen-Orient dans une proportion plus limitée. Les cartes de routes montrent des axes clairement orientés vers le nord, reliant le Sahel aux zones côtières méditerranéennes et aux points de sortie continentaux.
L’ensemble de ces éléments met en lumière une organisation structurée du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest et du Nord, fondée sur la complémentarité entre routes maritimes et terrestres, sur l’utilisation de carrefours sahéliens stratégiques et sur une adaptation continue des itinéraires face aux contrôles.
