Le Premier ministre François Bayrou a confirmé son intention de retirer deux jours fériés du calendrier national à partir de 2026, dans le cadre d’un plan d’économies budgétaires d’envergure. Cette mesure, qui concerne le lundi de Pâques et le 8 mai, suscite une vive opposition et place l’exécutif face à un risque de motion de censure.
Un objectif d’économies de plusieurs milliards
Dans les grandes lignes de son programme budgétaire, présentées récemment, François Bayrou prévoit une réduction des dépenses publiques de plus de 43 milliards d’euros. Parmi les leviers envisagés, la suppression de deux jours fériés permettrait, selon les estimations gouvernementales, de générer environ 4,2 milliards d’euros d’économies dès 2026.
Le principe repose sur une augmentation du nombre de jours travaillés dans l’année, sans rémunération supplémentaire pour les salariés mensualisés et les agents de la fonction publique. Les employeurs du secteur privé, de leur côté, seraient tenus de verser une contribution spécifique à l’État en contrepartie de ces journées de travail supplémentaires. Cette ressource financière viendrait directement alimenter le budget national.
Une mesure inscrite dans un calendrier serré
L’idée d’une suppression de jours fériés avait déjà été évoquée par François Bayrou lors de sa conférence de presse du 15 juillet. Elle figure désormais dans un document d’orientation transmis aux partenaires sociaux. Ce texte fixe les grandes lignes de la réforme et précise que les jours visés sont le lundi de Pâques et le 8 mai.
Vendredi soir, un courrier a été adressé par le chef du gouvernement aux syndicats, les invitant à participer à des discussions prévues en septembre. Si la rencontre doit permettre d’aborder la mise en œuvre concrète de la mesure, l’exécutif semble peu enclin à revenir sur le principe même de la suppression.
Une ouverture limitée aux discussions
Selon les indications données par Matignon, les échanges avec les représentants syndicaux pourraient porter sur le choix des jours à retirer ou sur des aménagements pour certaines catégories de salariés. Toutefois, la décision d’instaurer deux journées de travail supplémentaires ne semble pas négociable.
François Bayrou justifie cette fermeté par la nécessité de réduire le déficit public et de prévenir une aggravation de la dette nationale. Dans une communication vidéo diffusée lundi, il a présenté cette réforme comme un « effort citoyen » indispensable pour éviter ce qu’il considère comme une situation budgétaire critique.
Une stratégie politique en toile de fond ?
Cette mesure, largement critiquée par l’intersyndicale et par l’ensemble des forces d’opposition, est perçue par certains observateurs comme une manœuvre politique. L’idée serait de présenter une proposition fortement contestée afin de pouvoir la retirer ultérieurement, en échange d’un soutien sur d’autres aspects du budget.
Des sources proches de certains ministres évoquent la possibilité que le Premier ministre se serve de ce point de tension pour infléchir les négociations à l’automne. En renonçant à cette suppression dans un second temps, il pourrait chercher à rallier une partie de l’opposition et ainsi éviter le renversement de son gouvernement.
Un engagement de longue date sur la dette publique
François Bayrou a régulièrement pris position sur la question des finances publiques depuis le milieu des années 2000. Lors de la campagne présidentielle de 2007, il avait déjà dénoncé la progression de la dette nationale et plaidé pour une gestion plus rigoureuse des dépenses.
Devenu chef du gouvernement, il entend mettre en pratique cette ligne directrice en imposant un programme d’économies à grande échelle. Pour lui, la réduction du nombre de jours fériés fait partie des mesures nécessaires pour atteindre l’objectif fixé, même si cela implique d’assumer une impopularité certaine.

Un budget qui engage la responsabilité du gouvernement
L’enjeu est également politique : le projet de budget 2026 sera directement associé à François Bayrou. Selon son entourage, le Premier ministre considère qu’il s’agit d’un moment clé pour rompre avec plusieurs décennies de décisions jugées trop laxistes en matière budgétaire.
Le pari est risqué. Si la réforme passe et que les 43 milliards d’euros d’économies sont validés, l’exécutif pourra revendiquer une inflexion significative dans la trajectoire de la dette. Dans le cas contraire, un rejet du budget pourrait entraîner la censure du gouvernement et transférer la responsabilité de la situation financière du pays à l’Assemblée nationale.
Un automne sous haute tension politique
La rentrée politique s’annonce donc particulièrement tendue. Les discussions prévues en septembre avec les partenaires sociaux devraient donner le ton des prochaines semaines. Les syndicats affichent déjà leur opposition à toute réduction du nombre de jours fériés, tandis que les groupes parlementaires préparent leurs arguments pour le débat budgétaire.
La motion de censure, brandie par plusieurs formations d’opposition, reste une menace sérieuse. L’issue dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à trouver des compromis tout en maintenant un niveau d’économies jugé suffisant pour respecter les engagements financiers.
Une décision au cœur d’un débat plus large
Au-delà de la question des jours fériés, la proposition de François Bayrou relance un débat plus global sur le rapport entre temps de travail et compétitivité économique. Certains acteurs du monde économique estiment qu’augmenter la durée annuelle travaillée pourrait renforcer la productivité, tandis que d’autres mettent en avant l’importance de préserver des périodes de repos pour les salariés.
Ce débat, qui touche à la fois à l’organisation du travail et à l’équilibre budgétaire, risque d’alimenter les échanges bien au-delà de la seule discussion sur le budget 2026.
