Le débat politique au Bénin prend une tournure particulière à la suite des récentes déclarations de Kémi Seba. L’opposant panafricaniste accuse le président Patrice Talon de préparer ce qu’il appelle un « coup d’État institutionnel », en utilisant la réforme électorale comme outil de verrouillage. Ces propos interviennent alors que le chef de l’État continue de répéter qu’il ne sera pas candidat à un troisième mandat, un choix rare dans une région où plusieurs dirigeants s’accrochent au pouvoir.
Patrice Talon répète son départ après deux mandats
À plusieurs reprises, Patrice Talon a assuré qu’il quitterait la présidence au terme de son second mandat. Ses proches reconnaissent pourtant que des voix, aussi bien dans son entourage qu’à l’extérieur, l’ont encouragé à prolonger son exercice du pouvoir. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a confirmé que ces suggestions existent mais que le président a toujours maintenu sa position.
Cette posture est perçue par certains comme une exception dans un environnement politique africain souvent marqué par des révisions constitutionnelles au profit des dirigeants sortants. Des citoyens, des responsables politiques et même des artistes ont salué ce choix, le considérant comme un geste en faveur de l’alternance.
Une réforme électorale sous le feu des critiques
Le 17 août 2025, dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, Kémi Seba a contesté cette image de président respectueux de la Constitution. Il estime que le code électoral, modifié en mars 2024 par la loi n°2024-13, transforme la démocratie béninoise en une façade.
Le texte impose à tout parti candidat aux législatives d’obtenir au moins 20 % des voix dans chaque circonscription pour avoir des députés à l’Assemblée. Pour l’opposant, cette condition rend quasiment impossible l’entrée des petites formations au Parlement. Selon lui, seuls l’Union Progressiste du Renouveau et le Bloc Républicain, les deux partis proches du pouvoir, sont en mesure d’atteindre ce seuil en se partageant les électeurs.
Un Parlement qui resterait acquis au président
Dans son discours, Kémi Seba estime que, même s’il tient sa promesse de quitter la présidence, Patrice Talon conservera un contrôle indirect grâce à une majorité parlementaire alignée. Avec un hémicycle dominé par ses alliés, le chef de l’État continuerait d’influencer les décisions politiques et économiques du pays.
L’opposant évoque également un autre scénario. Si aucun parti n’atteignait les 20 % requis, il affirme que le Conseil constitutionnel pourrait être saisi et décider d’une prolongation du mandat présidentiel. Selon lui, cette institution est entièrement acquise au pouvoir et servirait à justifier un maintien au sommet de l’État.
Une présidentielle aux règles restreintes
Au-delà des législatives, Kémi Seba s’attaque aussi aux conditions de l’élection présidentielle. Il affirme que sur la vingtaine de partis politiques existant au Bénin, seuls trois auraient le droit de présenter un candidat : les deux partis favorables au président sortant et Les Démocrates, unique formation d’opposition tolérée.
Il considère que cette sélection ferme la porte aux forces politiques alternatives, en particulier celles qui s’affichent comme panafricanistes ou critiques du système en place. Pour lui, cette restriction réduit le choix des électeurs et rend le processus électoral déséquilibré.
Un appel au boycott des scrutins
Face à cette situation, Kémi Seba appelle ses partisans et sympathisants à ne pas se rendre aux urnes. Selon lui, participer aux élections dans ces conditions reviendrait à donner de la légitimité à un système qu’il juge biaisé.
Il annonce néanmoins que ses actions resteront pacifiques, excluant toute violence physique. Il dit vouloir lancer des initiatives ciblées contre ce qu’il décrit comme le « système néocolonial », mais toujours dans le respect d’un engagement non violent.
Deux visions qui s’opposent
Cette polémique révèle deux visions diamétralement opposées de la situation politique au Bénin. D’un côté, les partisans de Patrice Talon insistent sur son choix de respecter la Constitution et de ne pas briguer de troisième mandat. De l’autre, Kémi Seba et ses soutiens dénoncent un verrouillage institutionnel qui permettrait au président de garder la main même après son départ officiel.
En comparant Patrice Talon à d’autres chefs d’État africains connus pour leur longévité au pouvoir, Kémi Seba l’accuse d’utiliser des méthodes plus discrètes mais tout aussi efficaces pour rester influent.
Un pays en attente de 2026
À l’approche des prochaines élections, prévues en 2026, le débat autour du code électoral et des conditions d’organisation du scrutin reste vif. Tandis qu’une partie de la société salue l’annonce du président de respecter la limite des mandats, l’opposition redoute que les règles actuelles vident la démocratie de son sens.
Ces divergences traduisent l’incertitude qui pèse sur la scène politique béninoise, où se mêlent promesse de transition et accusations de verrouillage.
