Arrivée des migrants et transferts vers le Togo
Des ressortissants d’Afrique de l’Ouest, expulsés des États-Unis, auraient été envoyés vers le Togo après avoir transité par le Ghana. Selon l’avocat ghanéen qui les représente, au moins six personnes parmi quatorze migrants arrivés début septembre auraient été transférées vers le territoire togolais. Cette information a été présentée lundi devant la Haute Cour du Ghana, qui examinait une demande d’injonction visant à empêcher ces renvois.
L’avocat a précisé que la plupart de ses clients se trouvent désormais en dehors du Ghana. Lors de l’audience tenue le 23 septembre, il a évoqué une « détention illégale » et sollicité l’intervention de la justice pour suspendre les expulsions.
Profil des personnes concernées et incertitudes sur leur cheminement
Les migrants concernés sont originaires de plusieurs États : Nigeria, Togo, Mali, Libéria et Gambie. Leurs conditions d’arrivée, leur parcours exact et les modalités de leur séjour au Ghana font l’objet de peu de transparence. Le lieu de détention évoqué – un centre militaire – suscite des interrogations auprès des défenseurs des droits humains.
L’avocat a révélé qu’il avait initialement déposé une requête en injonction afin d’empêcher le renvoi de onze ressortissants. Toutefois, il estime aujourd’hui que cette action est devenue sans effet, affirmant avoir été informé que ses clients avaient déjà quitté le territoire ghanéen. Selon ses déclarations, au moins six d’entre eux se trouveraient à présent au Togo. Il a choisi de ne pas divulguer quels individus, parmi les onze qu’il représente (trois Togolais, quatre Nigérians, deux Maliens, un Libérien et un Gambien), ont été transférés.
Allégations contre le gouvernement ghanéen
L’avocat reproche aux autorités ghanéennes d’agir en violation du processus judiciaire, en procédant à des expulsions avant que les recours ne soient examinés. Il avance que, selon une annonce faite par le ministre des Affaires étrangères du Ghana, le pays se préparerait à accueillir quarante nouveaux migrants expulsés des États-Unis. Le gouvernement ghanéen, quant à lui, affirme que les quatorze personnes concernées, transférées en début septembre, sont reparties vers leurs pays d’origine.
L’avocat indique qu’il n’a pas pu communiquer avec les nouveaux arrivants, par obstruction des autorités. Il accuse ainsi l’État ghanéen d’une stratégie visant à neutraliser les actions judiciaires de contestation.
Accusations de contournement des juridictions américaines
Alors que le Ghana justifie sa démarche comme un geste de « solidarité panafricaine », certaines voix juridiques dénoncent une complicité dans une politique permettant de contourner les tribunaux américains spécialisés dans les cas d’immigration. Selon ces critiques, le Ghana agirait comme intermédiaire pour des expulsions décidées par les États-Unis.
Une organisation de défense des droits de l’homme a publié un communiqué dénonçant des accords susceptibles d’exposer des centaines de migrants à des violations graves du droit international. Elle demande la suspension de ces accords, la garantie qu’aucun individu ne soit refoulé, et des protections effectives pour ceux exposés à des persécutions dans leurs pays d’origine — notamment pour des motifs politiques, religieux ou liés à leur orientation sexuelle. Les migrants concernés, ayant sollicité l’asile aux États-Unis pour fuir d’éventuels châtiments, se retrouvent désormais dans une situation juridique incertaine, dans un cadre d’expulsion entre États encore mal défini.
Chronologie des événements et réactions politiques
Les expulsions vers des pays tiers, dans lesquels certains migrants n’ont jamais vécu, font partie d’une stratégie adoptée par l’administration américaine pour faire face aux flux migratoires. De telles pratiques ont déjà concerné des destinations comme le Salvador, le Panama ou le Soudan du Sud. Des transferts vers le Ghana auraient commencé début septembre, bien que les autorités ghanéennes aient laissé peu de détails publics sur les modalités.
Le 11 septembre, le président ghanéen avait annoncé que le pays acceptait d’accueillir sur demande des États-Unis des ressortissants d’Afrique de l’Ouest, dans le cadre d’un accord de coopération. Cette décision, survenue dans un contexte de tensions économiques entre Accra et Washington, avait provoqué des réactions mitigées.
L’arrivée sur le sol ghanéen d’un groupe initial de quatorze expulsés avait suscité un tollé lorsqu’il a été annoncé qu’ils pourraient rester temporairement ou retourner dans leur pays d’origine, selon des accords régionaux. L’opposition parlementaire a soutenu que la mesure avait été mise en œuvre sans consultation du Parlement. Le gouvernement ghanéen avait affirmé que les quatorze personnes avaient regagné leur domicile, mais selon l’avocat représentant certains d’entre eux, seuls trois seraient effectivement retournés, les autres étant restés sur place au Ghana.
Le 18 septembre, le ministre des Affaires étrangères a annoncé l’arrivée prochaine de quarante autres personnes expulsées des États-Unis. Selon lui, cette démarche revêt un caractère humanitaire et ne constitue pas une approbation de la politique migratoire américaine.
Du côté officiel, le porte-parole ghanéen reconnaît que les expulsés ont été placés pendant plusieurs jours dans un centre d’entraînement militaire. Il justifie cette mesure par les circonstances exceptionnelles de leur arrivée. Lorsqu’on lui a demandé des précisions sur les transferts vers le Togo, il s’est simplement limité à dire que tous les expulsés ont quitté le Ghana pour rejoindre leurs pays respectifs.
