Un parcours entre pouvoir militaire et démocratie
L’ancien président du Nigeria, Muhammadu Buhari, est décédé à l’âge de 82 ans. Homme politique marquant de l’histoire nigériane, il a dirigé le pays à deux reprises : d’abord en tant que chef militaire dans les années 1980, puis en tant que président élu démocratiquement entre 2015 et 2023.
Un dirigeant militaire devenu démocrate
Né en décembre 1942 à Daura, dans l’État de Katsina, Buhari a intégré l’armée peu après l’indépendance du Nigeria en 1960. Après une formation militaire au Royaume-Uni, il a gravi les échelons pour devenir gouverneur militaire du Nord-Est en 1975, puis ministre du Pétrole l’année suivante.
En 1983, il prend le pouvoir à la suite d’un coup d’État contre le président Shehu Shagari. Son gouvernement militaire, marqué par une lutte stricte contre la corruption et l’indiscipline, a aussi été critiqué pour ses mesures répressives, notamment envers la presse. Renversé en 1985, il est emprisonné pendant plus de trois ans.
Un retour en politique et une victoire historique
Après sa libération, Buhari s’est engagé dans la démocratie multipartite. Après trois échecs électoraux, il remporte finalement la présidentielle de 2015, devenant ainsi le premier candidat de l’opposition à battre un président sortant depuis 1999.
Son élection avait suscité un grand espoir, notamment parmi les populations du Nord, qui comptaient sur son passé militaire pour lutter contre l’insurrection de Boko Haram. Il avait également promis de combattre la corruption et de relancer l’économie.
Un bilan contrasté
Son mandat a été marqué par des défis économiques majeurs, notamment la chute des prix du pétrole et une inflation galopante. Sa décision d’interdire les importations de riz pour stimuler la production locale a entraîné une flambée des prix, pénalisant les ménages les plus pauvres.
Sur le plan sécuritaire, bien que des progrès aient été réalisés contre Boko Haram, les attaques et enlèvements massifs ont persisté. Son administration a également été critiquée pour sa gestion des violences entre éleveurs et agriculteurs, ainsi que pour des accusations de violations des droits de l’homme.
Un héritage complexe
Buhari laisse derrière lui une image ambivalente : respecté pour son intégrité personnelle, mais critiqué pour la lenteur de ses réformes et les difficultés économiques sous son mandat. Après deux décennies d’influence politique, sa disparition marque la fin d’une ère pour le Nigeria.
Marié deux fois et père de dix enfants, Muhammadu Buhari restera une figure majeure de l’histoire politique nigériane, entre autoritarisme militaire et transition démocratique.
